Miss Paramount

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INTERVIEW. AVEC « SPATIO-TEMPOREL », LA CHANTEUSE MISS PARAMOUNT SE DÉVOILE EN CINQ COMPOSITIONS

Megane Dumas vient de sortir un deuxième album, plus personnel. Parmi les thèmes abordés, celui de la société qui impose selon elle des modèles dont il est mal perçu de s'éloigner.

La Bayeusaine Megane Dumas, alias Miss Paramount, a fait du chemin depuis qu’elle s’est fait connaître lors du 70e anniversaire du D-Day !

Son timbre de voix rétro l’a révélée lors du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie. Megane Dumas, alias Miss Paramount, vient de sortir un deuxième album, plus personnel. Parmi les thèmes abordés, celui de la société qui impose, selon cette pin-up des temps modernes originaire de région parisienne et vivant près de Bayeux (Calvados), des modèles dont il est mal perçu de s’éloigner. Avec Spatio-temporel, Megane Dumas réplique aux critiques, passe des messages. Notamment à son banquier…

  • Journaliste : votre EP, « Spatio-temporel », est sorti le 30 avril 2019. On y retrouve 5 de vos compositions, marquées par votre timbre de voix rétro et des sonorités modernes. Vous signez donc les textes et les arrangements. Quelles ont été les lignes directrices en termes de son justement ?

 Je ne me suis pas imposée de règles en particulier pour composer mes chansons. L’idée, le thème de la chanson, ce que j’ai envie de raconter c’est vraiment l’élément central qui me permet de travailler, le reste se cale au fur et à mesure, comme un pull que l’on tricote. Par exemple pour ma chanson « JOB », je voulais quelque chose de léger et de sautillant pour contrebalancer l’aspect un peu plus sarcastique des paroles. Toujours en restant bien concentrée sur l’idée, sur le message que j’ai envie de faire passer.

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« Spatio-temporel », c’est un savant mélange entre le jazz rétro des années 1950, incarné par Miss Paramount, et un univers plus moderne, celui de Megane Dumas, une jeune femme de 23 ans…

Je m’étais quand même fixée une règle qui était de garder cet univers rétro qui représente bien Miss Paramount et de le mêler à des sonorités plus modernes qui représentent bien Megane. J’ai aussi favorisé le français parce que je trouvais intéressant de pouvoir associer une musique jazzy dansante avec une langue assez difficile à faire swinguer selon moi. Et puis le français, c’est ma langue maternelle, je la maîtrise mieux que les autres et c’était plus logique et plus simple de l’utiliser pour faire passer des messages de manière claire et en même temps avec une pointe de subtilité que je n’aurais pas eue avec une autre langue que je ne maîtrise pas aussi bien.

« Ce qui s’éloigne du modèle de réussite est mal perçu »


  • Le clip « JOB », publié sur votre page Facebook comme teaser de cet album, montre que vous avez des choses à dire, notamment à votre banquier… Est-ce un job difficile de monter une carrière artistique ? 

Oui, c’est un job difficile et ce à plein de niveaux. Il y a énormément d’idées reçues sur les métiers artistiques. Je n’ai pas choisi de faire de la scène sur un coup de tête, c’est un projet qui me porte depuis que je suis toute petite. J’avais 3 ans quand j’ai dit à mes parents que je voulais devenir actrice et j’étais bien décidée à monter sur scène quoi qu’il arrive. En grandissant, j’ai fait du théâtre, de la danse, j’ai écrit des scénarios, j’ai dessiné, j’ai réalisé des courts-métrages, des photos et puis j’ai découvert la musique et le chant.

J’ai toujours eu besoin de m’exprimer par ce biais artistique au même titre que d’autres gens sont passionnés par la mécanique ou la médecine. Sauf qu’arrive un moment où l’on nous demande de travailler, de gagner notre vie et de devenir raisonnable. Pour l’enfant qui rêvait de devenir médecin, ça va, il peut espérer faire son parcours sans qu’on le lui reproche. Mais quand on devient adulte et que les gens se rendent compte que non, ça n’était pas un caprice d’enfant lorsque je disais vouloir faire de la scène, alors là les commentaires vont bon train.


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Dans mon titre « JOB » je parle des métiers artistiques parce que c’est mon vécu que je raconte, mais cette chanson est aussi valable pour tous les gens qui pratiquent un travail un peu décalé, mal considéré, « pas assez bien » aux yeux des autres.

De manière générale, tout ce qui s’éloigne du modèle de réussite sur lequel s’est construite notre société est mal perçu par beaucoup de gens. Alors que l’on devrait plutôt les laisser faire ce qu’ils aiment, ce pour quoi ils sont faits. Je pense que tout le monde serait plus épanoui si c’était le cas.

Plus qu’un métier, c’est une passion qui vous anime…

Les quelques fois ou j’ai essayé de m’éloigner de cette passion, de faire des compromis pour arranger les gens qui m’entourent, ça m’a rendue malade. Donc maintenant, je fais les choses pour moi parce qu’on a qu’une seule vie. Ma grand-mère rêvait de devenir actrice, elle est montée sur Paris dans les années 1950 pour se lancer dans cette carrière sauf que sa famille le lui a interdit et comme elle n’avait pas d’autres soutiens elle a dû abandonner son rêve et ça l’a clairement détruite.

« J’hésite entre rire et pleurer »

  • Chansons, musiques, montages vidéos, photos, dessins… Vous le montrez sur les réseaux sociaux, vous n’avez pas qu’une corde à votre arc…


Ce qu’on nous laisse entrevoir à la télé, au cinéma, ça fait rêver, et ça paraît facile. Ce que l’on ne voit pas, ce sont les heures de répétitions, les contrats à négocier, les dates à trouver, les heures de transports, la pression, la fatigue, le stress, les charges à payer, comme pour tous les métiers en fait ! C’est surtout un travail qui demande un investissement personnel énorme. Je suis à la fois chanteuse, comptable, productrice, chargée de communication, chauffeur, ingé son…

"Je ne vis que pour mon travail. Il faut toujours être au top pour que le projet plaise et ne s’essouffle pas."

Physiquement et psychologiquement, ça n’est pas toujours facile. Il ne faut pas tomber malade sinon je ne peux pas chanter. C’est toute une hygiène de vie à avoir, comme un sportif de haut niveau. Du coup, quand j’ai enchaîné les nuits blanches après des semaines de travail acharné et que j’entends des gens me dire « Alors, t’as fini de jouer ? Quand est-ce que tu te trouves un vrai travail ? » j’hésite entre rire et pleurer !

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« C’est ce qui me porte depuis toujours »



Et puis le dernier point qui fait bondir certaines personnes c’est la question de l’argent. C’est un travail qui ne fonctionne par sur un système de salaire fixe, mais sur un système de cachets, de commandes. Pas de concerts, pas de travail : pas d’argent. Donc forcément cette instabilité financière fait peur. Pas facile de rassurer son banquier ou son proprio quand on présente des revenus différents chaque mois ! Mais j’ai grandi avec des parents qui font de la bande dessinée et je n’ai jamais souffert de cette instabilité financière étant enfant, donc je sais que c’est possible de vivre comme ça. J’ai été élevée là-dedans, j’ai grandi avec un autre point de vue sur le travail, j’ai tout à fait conscience des bons et des mauvais côtés de cette profession, mais je ne me sens pas pour autant plus en danger que quelqu’un qui pratique un métier jugé plus « safe ».

Je fais ce métier parce que c’est ce qui me porte depuis toujours.


"Il y a aussi énormément de gens qui comprennent la démarche et me soutiennent et je leur en suis très reconnaissante !"

  • Quels sont les autres thèmes abordés dans vos compositions ?


L’amour évidemment (haha) ! Je m’étais jurée de ne jamais écrire une chanson d’amour par peur d’être « gnian-gnian » et parce que je trouvais qu’il y en avait déjà suffisamment comme ça, mais j’ai l’impression que c’est un peu le passage obligé.

"Après tout, l’amour est un langage universel, comme la musique, ça nous parle à tous."

Ecrire une chanson sur l’amour était pour moi le seul exutoire légal pour surmonter la rage post-rupture : du coup cette chanson d’amour, « Blindly », est la seule de mes compos écrite en anglais. Question de pudeur.

Sinon, toujours dans le thème de l’amour, je rends hommage à mes grands-parents que j’ai perdus récemment dans ma chanson « Luxembourg », où je raconte en français leur rencontre dans le métro parisien en 1951… Petit voyage spatio-temporel empreint de nostalgie pour ces deux personnes formidables qui ont largement participé à mon éducation artistique !

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  • Vous vous êtes fait connaître au niveau local grâce aux commémorations du Débarquement de 1944 en Normandie. Si vous vouez une passion à l’Histoire et aux morceaux de jazz qui ont marqué cette période sombre, vous avez pris une autre direction désormais. Quelle est la suite pour Miss Paramount, ou plutôt Megane ?


La suite, c’est de continuer la création. Je compose pour avoir suffisamment de titres à jouer sur scène. Même si je chante toujours les quelques reprises que j’affectionne beaucoup et qui me nourrissent énormément. Ensuite il y a une série de 27 concerts qui se profile à l’horizon sur la période estivale. Je pars également chanter à Montréal en septembre, à Bruxelles en octobre et j’ai repéré pas mal de festivals auxquels j’aimerais participer pour l’année 2020. Un tournage de clip se prépare aussi, il aura lieu en août pour illustrer mon titre « Blindly ». Je tourne avec une équipe dirigée par le réalisateur Julien Fontaine avec qui j’ai fait mes études de cinéma à Caen. On est en train de monter un dossier pour lancer une campagne de crowdfunding afin de financer ce gros projet. Et puis à côté de ça, je continue le piano et je vais essayer de poster régulièrement ce que j’appelle des « mini-clips » sur les réseaux sociaux afin de partager l’évolution du projet avec les personnes qui me suivent !

Frédéric Bourgeois - La Renaissance du Bessin - 30/04/2019